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140 000 Travailleurs chinois en France

Travailleurs chinois 

Le projet prend forme en 1916. La guerre s’enlise et les hommes valides doivent servir aux combats.  La  France, la Grande Bretagne, la Russie, ont besoin de  « bras ». Il faut décharger les bateaux, faire tourner les usines de l’arrière, entretenir les routes et le rail situés à proximité des combats. Ce dernier aspect ne semble pas avoir été mis en avant par les recruteurs occidentaux et leurs intermédiaires chinois au moment du recrutement. On évalue le besoin de main d’œuvre à 200 000 travailleurs (dont 50 000 pour la Russie).

La Chine est un pays immense et avide de se développer. Faire appel au volontariat en contrepartie d’un bon salaire ne peut laisser insensible les plus entreprenants, d’autant qu’une partie du revenu sera versée à la famille restée au pays. La plupart des chinois, auxquels s’adresse cette proposition, ignorent tout de la situation en Europe. Ils ne savent pas qu’une guerre particulièrement meurtrière se déroule sur le sol européen. Cependant, des mouvements de protestation et de boycott, discrètement encouragés par l’Allemagne, sont organisés par les mieux informés de la situation en Europe.

Le terme de « traite des hommes » est employé dans un journal local de Shantou. Et l’on déconseille de se rendre en France pour travailler sous le tir des allemands, en contrepartie d’un salaire, qualifié de médiocre. Cette dimension contestataire est assez peu connue en Europe.

Des hommes forts capables de s’adapter à des conditions climatiques éprouvantes

L’effort de recrutement porte principalement sur des paysans, des laboureurs, originaires du Nord, et donc, selon les préjugés européens de l’époque, physiquement forts, réputés travailleurs, connaissant des conditions climatiques équivalents à celles de la France. Toutefois, la compagnie Huimin, en charge du recrutement, est accusée par le Mouvement Travail Etudes, initié par Li Shizeng, de recruter parfois des « voyous », donnant une mauvaise image de la Chine à l’étranger Quelques faits divers leur donneront partiellement raison. Le Mouvement Travail Etudes sera par la suite associé au processus d’embauche.

Les chiffres manquent de précision. Mais on évoque le plus souvent 37 500 engagés volontaires pour la France, près de 100 000 pour la Grande Bretagne (Chinese Labour Corps) et 50 000 pour la Russie. Les recruteurs procèdent à une visite médicale sommaire. 30 à 60% des candidats ne sont pas retenus, en raison de maladie ou de constitution trop fragile. Il y a des lettrés, notamment les interprètes, souvent des étudiants, pour lesquels le chiffre de 400 est parfois avancé. Certains travailleurs sont issus de la minorité catholique du pays.

Les français ont été les premiers à faire appel à la main d’œuvre chinoise. Le contrat avec la compagnie chinoise Huimin est signé le 14 mai 1916 et les premiers travailleurs provenant de Tianjin arrivent à Marseille à l’été 1916 (recrutés en juillet, arrivés en France en août 1916). Les premiers coolies recrutés par la Grande Bretagne quittent Weihai Hei le 18 janvier 1917. La Grande Bretagne a créé le Chinese Corps Labour (CLC) pour organiser l’intervention des ltravailleurs chinois. Côté français, les coolies sont rattachés à l’Armée de Terre.

Un voyage risqué

Les transports en bateau sont risqués et empruntent des trajets différents pour ne pas attirer l’attention des allemands. Différents circuits sont organisés. Des bateaux  utilisent le canal de Suez  pour  rejoindre la côte méditerranéenne, d’autres passent par le Japon puis le Canada, où ils accostent à Vancouver, avant de traverser le pays pour réembarquer depuis Halifax vers l’Angleterre. Destination finale Noyelles-sur-Mer. Un autre itinéraire est pratiqué par le canal de Panama puis New York et enfin la France. Ces trajets durent souvent de longues semaines.

Le mode opératoire ne permet pas toujours d’éviter les torpilles allemandes.

Le 17 février 1917, le paquebot Athos de la compagnie des Messageries Maritimes croise dans les eaux de la Méditerranée. Le 26 décembre 1916, il a quitté Yokohama puis embarqué à Hong Kong près de 1 000 coolies volontaires pour travailler en France, et à Djibouti presqu’autant de tirailleurs sénégalais pour y combattre. Après avoir franchi le canal de Suez et fait escale à l’embouchure à Port Saïd, il vogue vers Marseille, escorté par des contre-torpilleurs. A une centaine de miles de l’île de Malte, un sous-marin allemand est  aux aguets. La torpille ennemie fait mouche. Le paquebot Athos est envoyé par le fond en moins de 15 minutes.  Sur les 1 950 passagers, 754 seront déclarés morts ou disparus, dont 543 travailleurs chinois.

L’eldorado européen ?

A quoi pensaient-ils ces chinois, jeunes pour la plupart, qui arrivaient sur le sol français, sans doute pleins d’espoir mais aussi d’appréhension ? Ils avaient laissé une famille, des amis, une culture pour un avenir qu’ils voulaient meilleur. Le voyage avait été long, éprouvant. La seule traversée du Canada – près de 5 000 km - prenait 10 semaines. Ils arrivaient enfin dans le pays de destination, un pays qu’ils ne connaissaient pas, aux mœurs différentes, dans un contexte guerrier qu’ils n’avaient pas envisagé ou mal évalué. Une tenue pour l’été, une tenue pour l’hiver. Et les voilà partis dans des contrées inconnues accomplir des travaux qu’ils n’avaient - le plus souvent -jamais pratiqués. Des rizières du Henan aux usines d’armement du Creusot, l’adaptation ne pouvait être facile, le pire étant de travailler et vivre dans les zones de combat.